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Extrait d’article de SCIENCES HUMAINES

Y arriver malgré tout

par Jacques Lecomte

vendredi 22 avril 2016, par Philippe Clauzard

Le sentiment d’efficacité personnelle, concept défini par Albert Bandura, désigne la confiance qu’a un individu en sa capacité à mener à bien une activité. Ce sentiment lui permet alors de s’engager plus aisément dans l’action et de persévérer malgré les difficultés.

Y a-t-il une disposition psychologique apte à faciliter de bonnes performances sportives, à améliorer les résultats scolaires, à permettre aux phobiques de guérir de leurs troubles, à inciter des patients à respecter les prescriptions de leur médecin, à améliorer la compétence organisationnelle des managers, etc ? Oui, répond Albert Bandura, professeur de psychologie à l’université de Stanford. Il s’agit du sentiment d’efficacité personnelle, appelé aussi « auto-efficacité », thème auquel il a consacré un volumineux ouvrage récemment (1). Selon cet auteur, « l’efficacité personnelle perçue concerne la croyance de l’individu en sa capacité d’organiser et d’exécuter la ligne de conduite requise pour produire des résultats souhaités ». Le parcours des innovateurs Un sentiment optimiste d’efficacité personnelle constitue une attitude adaptative. C’est particulièrement le cas lorsque se présentent des obstacles ou des échecs. Le parcours des innovateurs est particulièrement instructif à cet égard. Ainsi, dans son ouvrage Rejection (2), John White souligne qu’une caractéristique essentielle des personnes éminentes dans leur domaine est un sentiment inébranlable d’efficacité et une croyance solide en la valeur de ce qu’ils font, ce qui leur permet de surmonter les nombreux rejets initiaux de leur travail. Ceci peut notamment se constater dans le domaine artistique et littéraire. Ainsi, Les Gens de Dublin de James Joyce a été refusé par vingt-deux éditeurs. Gertrude Stein a proposé des poèmes à des éditeurs pendant une vingtaine d’années avant que l’un d’entre eux ne soit finalement intéressé. Les impressionnistes ont organisé leurs propres expositions artistiques car leurs oeuvres étaient refusées par le Salon de Paris ; Auguste Rodin a été refusé trois fois par les Beaux-Arts. Il ne faudrait cependant pas conclure de ces exemples que le sentiment d’efficacité est un trait de personnalité inné utilisable en toute circonstance. D’une part, une personne peut fort bien s’estimer très compétente dans un domaine et pas du tout dans un autre, même au sein d’une catégorie d’activités. Prenons le cas du sport. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’un individu peut se considérer bon footballeur mais piètre escrimeur. C’est la raison pour laquelle A. Bandura préconise de mesurer le sentiment d’efficacité personnelle dans des domaines spécifiques : en mathématiques, en sport, en communication sociale, en créativité... Par ailleurs, le niveau d’efficacité n’est pas une donnée immuable, mais varie en fonction de divers paramètres. Enfin, bien qu’important, il n’est évidemment que l’un des facteurs agissant sur le comportement de l’être humain et sur ses performances. Par exemple, il agit souvent en interaction avec le soutien manifesté par des personnes proches. Ainsi, lorsqu’une femme est convaincue que son mari, victime d’un infarctus, a malgré tout un coeur solide, celui-ci mène une vie plus active sans pour autant surmener son système cardiovasculaire. La croyance commune du couple en l’efficacité cardiaque du patient constitue alors le meilleur prédicteur d’une bonne gestion de ses problèmes cardiaques. Mais le sentiment d’efficacité n’est-il pas simplement une autre façon de parler d’estime de soi ? Non, car le sentiment d’efficacité concerne les évaluations par l’individu de ses « aptitudes » personnelles, tandis que l’estime de soi concerne les évaluations de sa « valeur » personnelle. Or, ces deux éléments ne sont pas systématiquement liés. Quelqu’un qui estime mal chanter mais qui n’accorde pas d’importance à cette activité n’en tire pas de conclusion négative sur sa valeur personnelle. Inversement, un huissier peut s’estimer très compétent professionnellement, mais ne pas en retirer d’estime de soi s’il est amené à déloger des familles en difficulté financière. Le sentiment d’efficacité diffère également d’un autre concept très utilisé en psychologie : le locus of control. Le sentiment d’efficacité concerne la croyance de pouvoir produire certaines actions tandis que l’on parle de locus of control - interne ou externe - pour désigner la tendance qu’ont les individus à attribuer à eux-mêmes ou à leur environnement la cause des événements de leur vie. Dans nos sociétés, l’internalité est mieux vue, ce qui expliquerait pourquoi les internes ont une meilleure estime d’eux-mêmes.

Voir en ligne : Suite de l’article de Sciences Humaines

P.-S.

Les sources du sentiment d’efficacité personnelle

Selon Albert Bandura, le sentiment d’efficacité personnelle puise à quatre sources.

La maîtrise personnelle C’est la principale source : les succès construisent une solide croyance d’efficacité person-nelle tandis que les échecs la minent. Cependant, pour ceux qui disposent d’un bon sentiment d’efficacité, les revers et difficultés peuvent être bénéfiques, car ils enseignent que le succès nécessite généralement un effort soutenu.

L’apprentissage social (ou modelage, ou apprentissage vicariant) Pour évaluer ses capacités, l’individu tire aussi des conclusions de l’observation des actions réalisées par d’autres personnes. Ce sont les sujets dont les caractéristiques (âge, sexe, etc.) sont les plus proches des siennes qui sont les plus susceptibles d’être source d’information. Par exemple, des enfants tirent un sentiment d’efficacité personnelle plus élevé s’ils observent d’autres enfants talentueux que s’ils voient des adultes manifester les mêmes aptitudes cognitives.

La persuasion par autrui Il est plus facile à quelqu’un de maintenir un sentiment d’efficacité, particulièrement quand il est confronté à des difficultés, si d’autres individus significatifs lui expriment leur confiance dans ses capacités. Cependant, cet effet se manifeste surtout si la personne a déjà de bonnes raisons de croire qu’elle est performante. Dans ce cas, les commentaires positifs de son entourage peuvent l’aider à fournir les efforts nécessaires pour réussir. Par contre, susciter des croyances irréalistes de capacités personnelles peut conduire à l’échec, ce qui discréditera le flatteur et sapera les croyances de la personne en ses capacités.

L’état physiologique et émotionnel En évaluant ses capacités, une personne se base en partie sur l’information transmise par son état physiologique et émotionnel. Les indices que fournit le corps sont particulièrement pertinents dans la santé, les activités physiques et la gestion du stress. Les techniques qui permettent de réguler les réactions émotionnelles élèvent les croyances en l’efficacité de gestion du stress, et provoquent les améliorations correspondantes de performance. Jacques Lecomte

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