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Plus de cohérence, plus de formations... en IUFM

vendredi 7 octobre 2005, par Philippe Clauzard

3-1 : Davantage de cohérence, et en fonction des besoins locaux...

L’institution scolaire suggère dans une auto-analyse de sa formation quelques pistes d’amélioration. Le bilan de la formation des P.E., inscrit dans le Plan de Formation de l’IUFM est, en effet, un autre élément d’appréciation d’un décalage entre compétences requises et compétences acquises. L’IUFM se félicite de la structuration de la formation autour « d’unités pédagogiques de base » ( des équipes pluricatégorielles et pluridisciplinaires responsables de projets de formation encadrant une cinquantaine de stagiaire), de l’autonomie des équipes et des centres, des entrées originales des professeurs pour répondre de façon adaptée aux difficultés rencontrées par les stagiaires. Néanmoins, l’IUFM reconnaît de grosses lacunes. La personnalisation du parcours de formation en 1ère et 2ème année n’a pas lieu. Le P.D.F. donne l’impression d’un émiettement ou autrement dit d’une juxtaposition de modules sans cohérence. L’importance de la dimension collective du travail d’enseignant est peu abordée. L’IUFM note aussi l’insuffisance du réseau des maîtres-formateurs dont très peu de postes sont situés en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Ce qui ne permet pas aux PE2 de s’adapter à des conditions d’exercice particulières. Dans le département du 93, de nombreux PE2 sont en effet affectés dans les ZEP ou zones sensibles. La formation n’est donc pas assez ancrée dans les réalités du terrain scolaire de l’Académie.

3-2 : Attendre plus d’un organisme de formation...

L’une des personnes interviewées me confiait : "on attend plus d’un organisme de formation que de donner des pistes bibliographiques". Il est vrai que la volonté de l’institution scolaire de professionnaliser les futurs maîtres serait mise à mal si l’effet formateur de leur passage dans les murs de l’IUFM ne résidait que dans la distribution d’une bibliographie. Il s’agirait dès lors d’une auto-formation des PE2, ayant pour objectif de vérifier leur aptitude à se former en termes de capacité à s’organiser, à synthétiser des lectures, à les problématiser, à savoir surfer sur la connaissance et se l’approprier avec suffisamment de pertinence pour le transférer de la meilleure manière en situation de travail. On mesurerait ainsi les capacités "hyper-textuelles", documentaires du PE2. Mais saurions-nous s’il a vraiment compris les procédures ? S’il est apte à les mobiliser en situation professionnelle ? Comment identifier, après coup, qu’il y a eu opération mentale pour apprentissage ? Toute la problématique réside là. L’IUFM semble devenir un espace d’auto-formation -malgré lui- où les PE2 surfent entre les livres de la bibliothèque, les ficelles pédagogiques qu’ils se partagent pendant les heures de repas ; palliant ainsi les carences de conseils des IMF en nombre insuffisant donc peu disponibles, les aides déficientes des PIUFM, coupés à leurs yeux des réalités du terrain. Le livre, à lui seul, pas plus que la formation à distance par l’Internet (des postes d’accès à Internet sont à libre disposition sur le site du Bourget), n’est pas une médiation offrant l’émergence, à coup sûr, de nouvelles compétences pour enseigner. L’auto-formation est désincarnée, normative, sans confrontation aux autres. Sommes-nous certains qu’il se produit une véritable activité d’appropriation du savoir dans un contexte de situations-problème à résoudre, de conflits socio-cognitifs, de tâtonnements et de dépassements heuristiques mobilisant ainsi diverses opérations mentales.

3-3 : Avoir en tête une vision d’une classe d’enfant...

Une autre stagiaire affirme : "les seules personnes qui ont réussi à me transmettre quelque chose, c’était des gens qui avaient une classe au quotidien ou au moins une semaine sur deux. Des gens qui avaient dans leur tête une vision d’une classe d’enfant". Les maîtres-formateurs apportent aux yeux des PE2 une expérience personnelle qui a le mérite d’avoir été essayée, modifiée, qui permet d’apprécier que d’autres personnes ont été confrontés aux mêmes problèmes, qu’ils se sont posés les mêmes questions que les stagiaires. Il existe une proximité entre les stagiaires et les maîtres formateurs qui n’est pas avec les PIUFM ressentis comme "complètement déconnectés de la réalité". Elle ajoute : "ils ont de très bonnes idées parfois mais pas du tout en connexion avec la réalité d’une classe". Les formateurs ont un rôle évidemment essentiel dans la professionnalisation des futurs enseignants des écoles. Ils ne peuvent échapper au devoir de discernement pédagogique (le même dont ils demanderont l’exercice au PE2). Il convient qu’ils apprennent à faire de leurs compétences incorporées des compétences explicitées par une analyse de leur activité selon les principes de la didactique professionnelle qu’expose Pierre Pastré . Rendre accessible aux apprenants un savoir-faire, c’est l’avoir transformé en histoire, c’est l’avoir compris, c’est le conceptualiser. Il conviendra de garder à l’esprit que les instituteurs lambda ne sont pas les plus aptes à expliquer, transmettre certaines compétences manquantes aux débutants. Il y a par exemple une difficulté à se mettre à niveau comme le dit une étudiante : " leur réponse (des collègues des écoles) c’est comme si on t’enseignait les maths à un 6e en considérant qu’il a un niveau de 3ème ". Comme l’explique Pierre Pastré, savoir expliciter son activité professionnelle, une tâche précise, une tâche enseignante en l’occurrence, relève d’une compétence incorporée. Il est parfois, pour certains acteurs, très difficile de la verbaliser avec les mots attendus, de se montrer explicite et pédagogue en la matière sans un travail de didactisation professionnelle. Les témoignages de PE2 confirment cette idée de professionnalisation des formateurs IMF auxquels une nouvelle place devrait être donnée dans le dispositif de formation. Le tutorat, très demandé par les PE2, paraît tout indiqué. Les IMF et MAT (maîtres d’accueil temporaire) devraient être formés à la formation d’adultes, et non pas seulement jugés sur leurs aptitudes pédagogiques et didactiques avec leurs élèves.

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