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Roger Cousinet

Un essai de définition de l’éducation nouvelle

samedi 7 septembre 2013, par Philippe Clauzard

Extrait de "L’éducation nouvelle", de Roger Cousinet, Delachaux et Niestlé.

- L’éducation nouvelle ne comporte pas un système, une organisation, un ensemble de règles, de procédés, de méthodes. Elle est essentiellement un esprit pour l’éducateur, un mode de vie pour les enfants. A cet esprit on ne fait pas sa part, on s’en imprègne tout entier ou on y demeure complètement étranger. Aucune « méthode active » ne contient tout entier, si bien qu’on se tromperait lourdement si on essayait de définir l’éducation nouvelle par la liste des méthodes qui s’en réclament. Elle les contient toutes, mais certainement aussi d’autres qui n’existent pas encore et qui seront quelque jour imaginées. Elles seront de l’éducation nouvelle si elles sont conformes à l’esprit de cette éducation, et non point du tout si elles sont ou paraissent plus ingénieuses, plus commodes, plus propres à faire obtenir, à court terme, dans telle ou telle discipline, des résultats meilleurs. Si la lecture globale a des avantages, ce n’est nullement parce que les enfants, avec cette méthode, apprennent à lire plus vite qu’avec une autre : c’est pour cela, je le veux bien, mais aussi pour d’autres raisons bien plus importantes qui font qu’il y a une bonne et une mauvaise lecture globale. C’est ainsi qu’il y a un bon (c’est-à-dire conforme à l’esprit de l’éducation nouvelle) et un mauvais enseignement de l’écriture script. C’est ainsi que l’enseignement individualisé, ou le travail par groupes, peuvent être la meilleure et la pire des choses. En quoi consiste donc cet esprit de l’éducation nouvelle ? Nous l’avons déjà laissé pressentir dans l’examen historique qui précède, et nous y reviendrons plus longuement dans les chapitres qui vont suivre. Disons seulement maintenant en quoi il ne consiste pas.
- Quand, sans s’en être pénétré, un maître emprunte et utilise une des méthodes, une des techniques, dépendant de l’éducation nouvelle, il le fait pour en tirer un usage personnel. Il s’agit pour lui d’améliorer cl, plus souvent, de faciliter sa tâche, et, par là, d’obtenir, dans telle discipline, des résultats qui à la fois seront supérieurs et lui donneront moins de peine. Mais il reste au premier plan de l’activité éducative, il en est le moteur, l’éducation est sa tâche. La classe ne change aucunement de physionomie : elle consiste toujours en un maître qui enseigne, loi me et prépare, et en face de lui des élèves qui sont enseignés, qui sont lui mes, qui sont préparés. Ainsi que nous le disions dans notre premier chapitre, cette conception de l’éducation est à l’opposé de l’éducation nouvelle, telle que nous avons cru en trouver le principe chez Rousseau.
- Dans l’école de l’éducation nouvelle (et dans la famille), l’éducation n’est pas la tâche du maître, n’est pas une activité magistrale (ni parentale) : l’éducation est proprement une activité enfantine, l’éducation est la tâche, l’œuvre, la réalisation de l’enfant. Toutes les fois qu’on cherche à améliorer l’enseignement, à permettre à l’éducateur de faire de meilleures leçons, d’exciter la curiosité de ses élèves, de susciter et de retenir leur attention, de les faire travailler, de les faire progresser, de les guider, de les diriger, de leur imposer ou de leur faire accepter une discipline, quels que soient les moyens qu’on propose pour qu’il arrive à ses fins, on est hors de l’éducation nouvelle. Encore une fois il ne s’agit pour le moment ni de la justifier, ni de la persuader, mais de la définir. L’éducation est l’œuvre de l’enfant, il n’a ni à être éduqué, ni à s’éduquer, il n’a pas autre chose à faire qu’à vivre. C’est là le sens du message de Rousseau.
- Alors que pour beaucoup d’adultes la vie passe sans qu’ils y aient rien compris ni rien appris, et les laisse au seuil de la mort ce qu’ils étaient en arrivant à l’âge d’homme, la vie est pour l’enfant, simplement parce qu’il est un enfant, compréhension et apprentissage. Pour apprendre et comprendre, il n’a besoin que de vivre. Pour lui la vie par soi seule est éducation. Mais à cela sont nécessaires des conditions qui ont été méconnues jusqu’à Rousseau, et que seule l’éducation nouvelle s’emploie à résoudre. Il faut qu’on laisse vivre l’enfant, au lieu de l’empêcher de vivre, et de faire vivre à sa place un futur adulte ; il faut qu’on lui donne les moyens de vivre. Nous verrons dans le chapitre suivant comment cela est possible.

P.-S.

Extrait de "L’éducation nouvelle", de Roger Cousinet, Delachaux et Niestlé

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