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De la question de départ à la phase de problématisation dans le travail de recherche

Focus sur la problématisation

samedi 2 mars 2013, par Philippe Clauzard

La problématisation signifie l’action de problématiser, de poser un problème en vue de son analyse. Une problématique n’est pas un problème mais l’ensemble constitué par un problème général, les sous-problèmes et les hypothèses qui leur sont associées. Problématiser, c’est l’art de poser les questions pertinentes – qui est une caractéristique de toute activité scientifique. Cf. Lévi-Strauss : « Le savant n’est pas celui qui donne les bonnes réponses, mais celui qui pose les bonnes questions ». La problématique, c’est une question à laquelle le devoir apporte une réponse (différente toutefois d’une solution définitive ). En fait, il ne s’agit pas tant d’apporter une réponse que de la construire progressivement, en approfondissant la question initiale. L’effort de problématisation, c’est la « capacité à faire surgir du sujet une série de questionnements et de problèmes articulés entre eux et à choisir un angle d’attaque pertinent et fécond » (Rapport du jury, Capes de Sciences Economiques et Social es, 1998). Il implique donc : 1) travail de reformulation sous forme d’un ou plusieurs questions articulées ; 2) stratégie argumentative permettant de répondre de manière cohérente à l’ensemble de ces questions. La problématique donne sens au devoir et en constitue la clé de voûte (Le Méhanèze, 1999)

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La grande difficulté éprouvée par les étudiants lorsqu’ils débutent leur recherche se retrouve dans l’élaboration d’une problématique suite à la formulation d’une question de départ. En effet, comment élaborer une problématique qui contiendra le cadre de la recherche du à un écart ou décalage entre un constat de terrain et une attente ? C’est ce que nous allons voir par la suite à l’aide d’un exemple concret.

Se poser des questions

Qu’est ce qui m’intéresse et de quoi ai-je envie de parler ? Pourquoi ça m’intéresse ? Quel terrain vais-je privilégier ? Qu’est-ce que je veux aller chercher sur le terrain ? Que vais-je faire sur le terrain ?

Exemple : « Lorsque j’étais infirmière en service de soins, j’avais observé que chaque fois que nous recevions le plan de formation à la fin de l’année, mes collègues n’y prêtaient aucune importance disant qu’il n’était pas intéressant. Du coup, notre surveillante nous proposait peu de formations et j’ai le sentiment qu’il y a un travail à faire là dessus parce que je pense qu’elle aurait du nous pousser à aller en formation. »

Ici le décalage vient du fait qu’il existe un instrument de gestion des ressources humaines qui n’est pas ou peu exploité. Le questionnement qui en découle est le suivant :

- Pourquoi ces infirmières ne font pas de formation ?
- Quelles représentations se font-elles de la formation continue ?
- En quoi le cadre peut-il modifier cette représentation de façon à ce que les infirmières suivent des sessions de formation continue ?

Le thème de la recherche sera : « La représentation de la formation continue par les infirmiers à l’hôpital »

Le champ de la recherche sera : « La psychologie sociale et plus particulièrement l’étude des représentations sociales. »

La question de départ sera : « Comment le cadre peut-il amener des agents réticents à aller en formation continue ? » Elaborer une problématique

La problématique est le moment clé de la recherche. Elle se décline de deux façons :

- Une dite praxéologique : liée à la pratique de terrain. Comment mon problème se pose t-il sur le terrain ? Quelles en sont les causes ? Quelles en sont les conséquences ? Ici on se situe plus dans une démarche. Par « démarche » il faut entendre les procédures, les méthodes, les outils, les techniques…etc.

- Une dite de théorisation : qui se fait par plusieurs approches. Par « approche », il faut comprendre un « positionnement ». Quelles approches vais-je privilégier afin d’atteindre l’explication ? Quels sont les auteurs qui ont abordé ce problème ? Quelles sont leurs conclusions ?…etc.

La problématique est la façon dont je comprends les tenants et les aboutissants. On passe par des questions sur un problème dont je construis les termes. Ce sont les problèmes qu’ont les praticiens ou qu’ils devraient avoir où que j’ai en tant que théoricien. Quelle approche ? Quelle démarche ? Quels résultats ? Une problématique se construit. Comment organiser les faits ? On parle de problématique quand les éléments sont liés entre eux plutôt qu’énoncés successivement les uns après les autres comme un catalogue.

En fait, tout ceci nécessite une organisation rigoureuse de la pensée.

Suite de l’article : http://www.cadredesante.com/spip/pr...


En résumé, problématiser c’est entrer dans une démarche de questionnement qui va nous habiter comme problème ouvert, parce que nous sommes percutés par l’urgence existentielle et intellectuelle à résoudre une énigme : d’où la nécessité de l’expliciter, d’affronter la difficulté à la résoudre.

C’est pourquoi cette capacité de questionnement, à la fois originaire dans l’enfance et récurrente dans la vie, est nécessaire à développer pour celui qui, dans ou hors l’école, et il n’y a pas d’âge requis pour commencer, veut apprendre à " penser par soi-même ". Dans une situation de formation, elle doit être didactisée, d’une part en clarifiant ce processus pour les apprentis-philosophes, d’autre part en proposant des situations pour favoriser son apprentissage.

Et c’est dès ce point d’interrogation que l’accompagnement d’un tiers instruit (professeur/animateur) est nécessaire pour travailler avec ce questionnement individuel, très vite collectif par sa portée universelle dès qu’il est assumé par un groupe (d’enfants, d’adolescents ou d’adultes). On peut ainsi apprendre à problématiser à l’oral, et pas seulement à l’écrit, par la confrontation sociocognitive dans un esprit de recherche, quand on est moins dans une logique de contradiction argumentative, que dans une démarche d’auto interrogation collective où on intègre dialogiquement la différence des points de vue, qui nous déplace dans notre façon de questionner et d’essayer de répondre aux difficultés rencontrées...

Nous ne voulons pas dire qu’il suffit de se questionner pour problématiser : il faut saisir les enjeux de ce questionnement pour la condition humaine, ce qui s’exprime chez les enfants par la gravité et l’urgence des questions qu’ils posent, mais n’est pas encore explicité, thématisé. Il faut aussi saisir en quoi il y a problème, c’est-à-dire difficulté à répondre à ce type de question, pourquoi la question est complexe, ouverte, impossible à résoudre techniquement, scientifiquement, et néanmoins susceptible de plusieurs types d’approches et de traitements, plusieurs réponses (y compris parfois aporétique...). Il sera bon alors de rencontrer à un moment du cheminement, de son cheminement, des philosophes, mais pas forcément d’emblée ou comme préalable, car ce qui compte, c’est l’origine en soi du questionnement, tout au moins lorsqu’il s’agit de penser par soi-même, et pas seulement de réussir à un examen...

L’article complet de Michel Tozzi : http://www.educ-revues.fr/Diotime/A...

Voir en ligne : Pour aller plus loin : AUTOUR DES MOTS « Problématisation, dé-problématisation et re-problématisation »

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